On'yomi et kun'yomi : les deux lectures d'un kanji
Après les kana, c'est le mur suivant : un même kanji peut se lire de deux façons qui n'ont rien à voir. Pourquoi 水 (みず) se lit-il parfois すい ? La réponse tient en deux familles de lectures, et une règle qui te tire d'affaire la plupart du temps.
D'où viennent ces deux lectures
Quand le Japon a importé l'écriture chinoise, il a importé deux choses en même temps : le caractère et sa prononciation chinoise approximative. Cette prononciation empruntée est l'on'yomi (音読み, おんよみ, « lecture par le son »). Mais les Japonais avaient déjà leurs propres mots pour « montagne », « eau », « manger » : ils ont donc aussi collé chaque caractère sur le mot japonais existant. Ce mot natif est la kun'yomi (訓読み, くんよみ, « lecture par le sens »).
音読み (おんよみ)
La lecture d'origine chinoise. Souvent courte et sèche (すい, さん, せい). Domine quand le kanji est collé à un autre kanji.
訓読み (くんよみ)
Le mot japonais natif posé sur le caractère. Souvent plus long, fréquemment suivi de hiragana. Domine quand le kanji est seul.
La règle qui marche (presque toujours)
Kanji seul ou suivi de hiragana (okurigana) → en général kun'yomi. Kanji collé à un autre kanji dans un mot composé (熟語, じゅくご) → en général on'yomi. Ce n'est pas une loi absolue, mais ça te donne la bonne lecture dans la grande majorité des cas.
水を飲む。
みず を のむ。
Boire de l'eau.
水 seul, suivi d'un verbe : lecture kun'yomi みず.
水曜日
すいようび
Mercredi (littéralement « jour de l'eau »).
Le même 水, collé à d'autres kanji : lecture on'yomi すい. Même caractère, lecture opposée.
Pourquoi certains kanji ont plusieurs on'yomi
Le Japon n'a pas emprunté le chinois en une fois, mais par vagues, sur plusieurs siècles et depuis différentes régions. Résultat : un même kanji peut traîner plusieurs lectures on'yomi selon l'époque d'emprunt. Les trois principales sont 呉音 (ごおん, les plus anciennes), 漢音 (かんおん, époque Tang, majoritaires aujourd'hui) et 唐音 (とうおん, emprunts plus tardifs).
Le cas extrême : 生
Le champion toutes catégories est 生 (せい / しょう / なま / き selon contexte). Il cumule plusieurs lectures on'yomi (せい, しょう) et de nombreuses kun'yomi : なま (cru, frais), き (pur), いきる (vivre), うまれる (naître). Pas de panique : tu n'apprends jamais les lectures dans le vide, tu les rencontres mot par mot, et le contexte tranche presque toujours.